Voici que je fais toutes choses nouvelles

(Apocalypse 21, 5)

Hésiode, poète grec d’il y a 2700 ans, déplorait déjà dans son poème sur la création de l’univers, la déchéance progressive des générations et du monde après leur création par les dieux. “Rien de nouveau sous le soleil”, alors, comme dirait l’Ecclésiaste dans la Bible ? Ce constat semble sans appel. Rien n’est neuf. Le monde ne va pas vers le nouveau ? Vieillissement, désenchantement, voilà des mots bien connus de notre monde occidental et capitaliste, qui nous anesthésient dans nos habitudes quotidiennes face à nos institutions, voilent notre regard sur le monde. Et la crise Covid s’éternisant, nous renvoie à notre vulnérabilité et à nos stagnations intérieures et relationnelles.

"Voici que je fais toutes choses nouvelles !" dit le Christ en gloire, dans l’Apocalypse.
Dans ces récits où Il nous invite à vivre les temps derniers, et maintenant, avec un regard d’espoir et de confiance, car Il nous a sauvés de la mort, tirés du tombeau, et nous projette dans le nouveau, à chaque instant. Il était mort, Il est vivant, Il était crucifié, Il est ressuscité dans Son corps glorieux avec les cicatrices de la Passion. Étrange pour un Dieu qui pourrait tout refaire à neuf sans éraflure !

Quel message nous donne-t-Il ? Peut-être que le neuf n’est pas de faire table rase de tout mais d’intégrer nos expériences passées, nos histoires joyeuses ou douloureuses ? N’est-ce pas là le rôle de la tradition, une transmission vivante des innovations humaines mais aussi des erreurs à ne pas reproduire ? Le progrès se ferait donc grâce à nos ancêtres à leurs pensées et actions, expériences, réussites comme échecs.
“Nous sommes comme des nains assis sur des épaules de géants.” disait Bernard de Chartres. Mise en avant qu’on ne fait rien de tout à fait neuf, qu’on apporte quand même mais qu’on vient à la suite d’autres. Mais comment faire de ce qui existe du neuf, de l’inouï?

Paradoxalement c’est notre époque où nous avons le plus de nouvelles technologies, de nouveaux gadgets, de divertissements, de pouvoir sur le corps humain et notre environnement, c’est notre époque qui est le plus touchée par la déprime et l’angoisse. L’allongement de l’espérance de vie s’accompagne d’une recherche effrénée de la jeunesse, d’un refus de changer et d’accepter qu’un être humain est appelé à vivre des choses à tous les âges de sa vie, changer, vieillir et mourir.

Pourquoi ce malaise ? « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais au XVIe siècle. Qu’avons nous oublié de ces progrès ? Notre nature humaine ? Le sens de la vie ? Notre planète ? Le sens du bien commun ? Nous sommes tous sur le même bateau. Un renouvellement à différents niveaux semble nécessaire pour que les événements, les relations, notre environnement en soient transformés.

En écologie comme en thérapie, il y a quelque chose de la conversion, un chamboulement de son esprit à opérer. Un renouvellement de son regard sur soi-même, l’autre, le différent, l’étranger, mais aussi sur le monde, la société pour essayer de la concevoir et la déployer autrement.
Spinoza rappelle que l’état de changement en politique est instable et ouvre à la violence. L’histoire de la société française et les récents mouvements sociaux des gilets jaunes nous interrogent sur comment faire du nouveau : est-ce possible sans faire une révolution ? Sans “sans jeter le bébé avec l’eau du bain”, sans oublier les plus faibles, les moins intégrés ? L’enjeu du vivre ensemble se trouve véritablement au cœur du renouvellement des sociétés et plus sensiblement à l’échelle locale.

Dans l’Apocalypse, ce renouvellement arrive après une suite de bouleversements, qui adviennent précisément parce que les hommes ne changent pas, ne se convertissent pas. A la fin, des choses restent, tout en ayant complètement changé, comme si elles étaient restituées dans leur essence.
Le sentiment de nouveauté serait-il alors un retour à la source ? Quant à ce qui n’est pas renouvelé … c’est l’étang de soufre ! Il y a une responsabilité morale et un choix à poser dans ce renouvellement, qui mène à la vie ou à la mort. La nouveauté n’est donc pas un pur plaisir! Il ouvre à la joie de notre condition humaine, c’est donc très sérieux… Et très nécessaire de s’interroger sur la nouveauté dans notre vie, et autour de nous.

A Héraclite qui dit « toutes les choses s’écoulent » ? Jésus répond: « Toutes les choses, je les rends neuves », et change l’eau en vin aux noces de Cana, sans mettre du vin nouveau dans de vieux fûts ! Les Cœurs de Jésus et de Marie auront sans doute leur mot à dire sur ce secret de la nouveauté.

En espérant vous retrouver cette année pour une paisible « révolution » “qui porte Son Nom” - comme aurait pu le chanter Jenifer - et des activités, sources de vie.

Votre équipe LAE