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22 mars 2010 : S'engager : vivre plus ou vivre moins ?

hubert faes



Hubert Faes, professeur de philosophie à l'Institut Catholique de Paris et directeur du laboratoire de philosophie pratique et d'anthropologie philosophique, est venu échanger avec nous sur le deuxième volet de notre cycle.

 


Comment puis-je "être" et "exister" face à l'autre ? Comment poser des choix ? Comment engager mon existence comme liberté ? Pour être nous-mêmes, face à l'autre et avec l'autre, il nous faut faire avec notre héritage (famille, éducation...) mais aussi avec nos peurs et nos résistances intérieures. Bref, comment nous engager librement par-delà et avec nos déterminismes.

Dans notre condition humaine, l'existence comme engagement relève-t-elle de l'illusion ou d'une possibilité à notre portée ?

Hubert Faes, comme philosophe, nous a aidé à bien poser la question de l'engagement dans son rapport au fait d'exister comme homme.

 

 

1/ Interview du Prof. Hubert Faes

2/ Article sur la conférence, par Diane Servois

3/ Extrait vidéo de la première partie de la conférence (définition du concept d'engagement)

4/ Extrait vidéo de la deuxième partie de la conférence (comment se pose la question de l'engagement aujourd'hui ?)

5/ Extrait vidéo de la troisième partie de la conférence (à venir) (comment poser des choix qui engagent ?)

6/ Extraits écrits de la conférence (pdf)

7/ Bande annonce de la conférence

 


 

Interview d'Hubert Faes


Dans le cadre des conférences sur le thème de l’engagement, nous recevrons le lundi 22 mars à 20h, Hubert Faes, professeur de philosophie à l’Institut Catholique de Paris, qui nous aidera à poser la question de l’engagement comme existence. Nous vivons dans une société qui considère souvent l’engagement comme une perte de liberté. Promouvoir l’engagement, est-ce aller à contre-courant de notre bien-être ? S’engager, est-ce vivre plus et s’épanouir davantage ou vivre moins et voir ses possibilités limitées ?


Réseau Picpus : Nous avons souvent l'impression que nos choix sont déterminés par notre héritage familial, social, notre éducation. Cela nous empêche-t-il de faire des choix libres ?


Hubert Faes : Avant de s’engager, nous sommes déjà engagés. Effectivement, nous sommes embarqués dans une vie que nous n’avons pas choisie, et les attentes de nos familles conditionnent nos choix. Pourtant, on ne peut pas dire que le déterminisme est tel qu’il n’y a pas de liberté de choix possible. Il y a un problème de compréhension de la liberté : la question à poser n’est pas pourquoi je suis libre mais quel sens donner à cette liberté. Cette question du sens est ce qui provoque notre engagement.


RP : Beaucoup de personnes cherchent à « être elles-mêmes ». L’engagement répond-il à cette attente ?


HF : Ce qui caractérise profondément la personne, c’est de ne jamais coïncider totalement avec soi-même. Cela tient au

fait que nous sommes des êtres conscients, et pensants, toujours en dialogue avec nous-même. C’est fondamental dans

l’engagement. Ce qui suppose de prendre une certaine distance par rapport à nos émotions et à nos états d’âme.


RP : On parle actuellement d’une « crise de l’engagement » : comment cette question se pose-t-elle différemment du siècle

dernier ?


HF : En effet, Il y a 50 ans, l’engagement était très politique, on s’engageait en groupe (syndicats, partis…) pour défendre des causes collectives. Notre époque est marquée par une désaffection de l’espace public, et nous sommes dans une société où l’engagement relève du choix personnel, privé. Par ailleurs, on s’engage aujourd’hui dans le présent. On ne prend pas en compte l’avenir, par peur ou par ignorance. C’est assez paradoxal, puisque par ailleurs, nous sommes confrontés à des questions qui nous projettent très loin, comme la question écologique, qui nous oblige à nous engager pour les générations futures. Enfin, un certain désenchantement s’est produit autour de l’engagement public du

fait de la révélation de nombreux scandales politiques. Ceux-ci ont accentué le sentiment que le véritable engagement pour le bien commun n’existe plus.


RP : Pourquoi s’engager alors, si l’on risque d’être déçu ou manipulé ?


HF : C’est toute la question du sens de la mesure et du sens des limites. Aussi je crois que s’il faut s’engager, il ne faut pas le faire de manière inconditionnelle. Autrement dit il faut conjuguer l’engagement et la lucidité.


Propos recueillis par Blandine Challan Belval - ACP n°14


 



Article sur la conférence, par Diane Servois

Dans le cadre des conférences organisées cette année par Picpus, l’accent a été mis durant ce temps de Carême sur la question de l’Engagement, dans une conférence guidée par le professeur Hubert Faes, philosophe à la Catho, pour répondre à une question bien actuelle: « S’engager, est-ce vivre plus, ou vivre moins ? »

Le Professeur démarre par une mise au point de vocabulaire : « exister, c’est s’engager ». Qu’on le veuille ou non, mettre un pas devant l’autre pour atteindre un but, c’est littéralement s’engager sur une voie ! Il faut bien admettre que notre existence est par essence un perpétuel engagement, sinon, - et même si on considère souvent que la vraie vie est celle qui commence avec notre liberté-, elle ne serait pas comprise alors dans le sens de faire ce que l’on veut. L’engagement, de notre point de vue, viendrait alors systématiquement limiter notre espace de liberté et donc la vraie existence à nos yeux !

Or, il faut quand même être conscient qu’à un certain moment, l’existence et l’engagement se rencontrent !

La possibilité du retrait

Il n’y a pas d’engagement sans retrait possible. Ce qui fait la force de l’engagement, c’est la possibilité de ne pas le faire, comme ce qui fait le poids d’une parole prononcée est le fait que le silence existe ! La capacité de penser, propre à l’homme, lui donne cette possibilité du retrait. L’engagement n’est pas une fatalité, comme l’existence n’est pas une fatalité. Si tout cela était une obligation, quel sens aurait l’engagement ?

Engagement = durabilité ?

Un engagement peut-il être éphémère ? C’est ce qu’on recherche et obtient sans cesse dans le monde actuel qui flatte notre besoin de nouveauté et d’éphémère : rapidité de la communication, des transports, innovations technologiques permanentes, ère du « jetable »… Pourtant, nous savons que nous sommes aussi en recherche d’un avenir durable, d’une sécurité sur notre devenir, que nous avons du mal à obtenir. Il est plus difficile de s’engager dans l’insécurité, quand tout peut basculer ? Certainement. En tous cas, le philosophe voit dans le souci de notre époque de faire du Développement Durable, un besoin fort d’avoir un avenir.

Engagement implique l’autre

Si l’on s’engage, c’est vis-à-vis d’un autre. Et sur la durée. En effet, une promesse est bien un engagement ponctuel, mais un engagement que l’on va s’engager sur une certaine durée ! (répétez cette phrase plusieurs fois pour vérifier que vous avez compris…)Conclusion : on s’engage sur la durée, vis-à-vis d’un autre, dans un monde incertain qui bouge, mais qu’on souhaite être durable !

S’engager c’est apparaître ?

Nous sommes dans un monde à la fois plus individualiste, où l’on peut agir en étant perdu dans la foule, et en même temps, la possibilité de se mettre en scène, via internet et les réseaux (Facebook, Viadeo…) par exemple est grande. Pourtant l’engagement requiert d’être dans la vérité. C’est se manifester soi-même en réalité, et non afficher une apparence.

Conclusion : l’Engagement, au service de la vérité ?

En apparence, s’engager, c’est renoncer à certaines choses donc vivre moins ; En réalité, c’est vivre plus, car plus intensément, en choisissant son existence ! J’aime bien cette phrase, entendue à la fin de la conférence, sur la vérité: « Il n’y a de vérité que si les hommes s’engagent sur cette vérité. » En cette année du prêtre, cela me fait penser que les hommes qui s’engagent dans la voie du célibat consacré pour être prêtres sont pour moi un témoignage, par leur engagement total, que Dieu pourvoit à tout. Des gens capables de se lancer dans toute leur vie et vis-à-vis des autres, cela me met la puce à l’oreille…

Conseil du philosophe si on n’avait qu’une chose à retenir : exister, c’est s’engager ! Donc ne vivons pas à moitié …





 

Première partie : définition du concept d'engagement

La première partie de la conférence a permis de saisir l'engagement par un autre prisme que celui du témoignage : il s'agit de voir en quoi l'engagement est l'oeuvre de toute une existence. Exister, c'est être engagé. La question telle qu'elle est abordée ici est plus fondamentale : il s'agit de poser la question à l'aune même du fait d'être homme.

Pourriez-vous nous définir le concept d'engagement dans les multiples rapports que celui-ci entretient avec la vie humaine ? Autrement dit, comment, philosophiquement, pouvons-nous définir le rapport entre engagement et existence ?


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Deuxième partie : comment se pose la question de l'engagement aujourd'hui ?


"D’un point de vue plus pratique, comment, d’après vous, la question de l’engagement se pose-t-elle concrètement, aujourd’hui, dans notre société ?

On parle actuellement d’une crise de l’engagement, notamment par rapport à la période d’après-guerre qui a été marquée par une période de militantisme idéologique et politique. En témoignent notamment Mai 68, ou encore la Chute du Mur de Berlin et un certain nombre d’engagements pour de grandes causes publiques. De grandes figures comme Sartre ou Camus ont également marqué cette période.

Aujourd’hui, 1 français sur 2 a voté aux élections régionales. Et pourtant nous sommes confrontés à des évolutions qui nécessiteraient, de notre part, un engagement dans la durée. Comme par exemple la question écologique.

Paradoxalement, face à ce déficit d’engagement dans l’espace public, on voit se développer des engagements privés : 70 000 associations sont créées chaque année, 1 français sur 4 exerce une activité bénévole. Cependant les bénévoles réguliers en constituent seulement 1/3.

Comment expliquer ces paradoxes ? Comment la question de l’engagement se pose-t-elle aujourd’hui? Quelles en sont, d’après vous, les évolutions et comment les comprendre ?


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Troisième partie : comment poser des choix qui engagent ? (extrait vidéo à venir)

"Je vous propose d’en venir à l’intitulé de notre conférence et d’aborder la question à un niveau plus anthropologique. Autrement dit, au niveau de l’homme, comment comprendre l’engagement aujourd’hui ?

Comment pouvons-nous nous engager aujourd’hui entre nos héritages (famille, éducation) qui nous déterminent et notre liberté ? Est-il possible de s’engager aujourd’hui alors que nous sommes tributaires du regard de l’autre et de la société, alors que nous sommes le produit d’une société ?

En tant que philosophe, pourriez-vous nous donner des pistes pour nous aider à mener une existence à la fois libre et déterminée ? S’engager : est-ce s’affranchir de ses déterminismes et s’épanouir davantage, ou voir ses possibilités limitées et perdre en qualité de vie ? Autrement dit s’engager, est-ce vivre plus ou vivre moins ?




 

Extraits écrits de la conférence

 



 

Bande annonce de la conférence

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