Accueil > Lire aux éclats > Rencontres 2009-2010 > Qu'est-ce que l'homme ?

Qu'est-ce que l'homme ?


Qu’est-ce que l’homme ? Voilà la problématique à honorer à travers 4 séances et un week-end pendant cette saison de Lire aux Eclats. De la réponse à cette question fondamentale dépend une juste perception de l’engagement, thème d’année de Réseau Picpus.
Il semble inutile de définir l’homme, car ceci constitue ce que l’on nomme à proprement parler une évidence, c’est-à-dire une connaissance qu’il n’est nul besoin de démontrer. Chacun semble à même de reconnaître un homme quand il le voit.
Pourtant quelques cas limites peuvent nous inciter à nuancer notre propos, et à montrer que la définition de l’humanité de l’homme, n’est pas si simple que cela.
En interrogeant l’humanité de l’homme, nous cherchons à établir ce qui en constitue la notion spécifique, c’est-à-dire ce qui permet de regrouper tous les individus au sein d’un même groupe, qui lui-même se distingue d’autres groupes, comme… les poissons rouges.

L’enjeu éthique
Dire ce qu’il y a de commun aux hommes semble aujourd’hui évident, mais cela n’a pas toujours été le cas ! L’histoire nous apprend en effet que cette définition a lourdement pesé dans les disputes philosophiques, en raison de ses implications éthiques.
En effet, donner une définition de l’homme nous autorise à traiter différemment, sans humanité, ceux que nous désignons comme non-humain. En un sens nous dirons avec Spinoza (1632-1677) que « définir, c’est nier », car définir, c’est exclure d’un ensemble commun ce qui n’y appartient pas. Cette exclusion peut-être purement théorique : les neutrons ne sont pas des protons, quoique tous deux fassent partie du noyau. Mais cela n’est jamais sans considérations éthiques : les hommes ne sont pas des animaux comme les autres, ce pourquoi ils ne se mangent pas entre eux, alors qu’ils mangent les autres animaux. La définition de l’homme n’est donc pas neutre.

Une question historique
L’époque des "grandes découvertes", par exemple la connaissance du nouveau monde a conduit savants et théologiens à se poser la question de l’humanité des Indiens. Avaient-ils une âme de même nature que celle des Européens ? L’enjeu n’en était pas que théologique - Dieu a fait l’homme à son image - mais aussi économique et politique. Nos frères en humanité ne peuvent être réduits en esclavage, dominés, voire exterminés : cf. Bartolomé de Las Casas : brève relation de la destruction des indes. La conférence de Valladolid, de 1550, a tenté de décider de l’humanité des Indiens, en opposant Las Casas à Sepuvalda et a conclu en 1556 à leur humanité, en leur reconnaissant une âme.
L’histoire plus récente montre aussi combien toute définition restrictive de l’homme peut conduire à la barbarie. Le génocide des juifs, tziganes, handicapés mentaux et homosexuels par les Nazis, s’appuyait sur une idéologie raciste, qui établissait une distinction entre les hommes et les sous-hommes. On pourrait évidemment parler du génocide des Tutsis au Rwanda.
Les récits des rescapés de ces deux génocides ont souvent tendance à revendiquer fortement leur appartenance à l’espèce humaine. Songez aux titres de Primo Lévi : si c’est un homme, de Robert Antelme, l’espèce humaine. Innocent Rwililiza, habitant de Nyamata : "pour moi, je le répète : ils coupaient et mutilaient pour enlever de l’humain aux Tutsis et les tuer plus facilement ainsi." L’uniformisation, l’anonymat conféré aux victimes permet de mieux en oublier la commune appartenance à l’espèce humaine.

L’enjeu bioéthique.
Cette question rejaillit aujourd’hui, de façon apparemment moins dramatique, à l’occasion de la question des manipulations génétiques. La congélation massive d’embryon à des fins de travail scientifique, nous invite à penser ce qui fait qu’un être est humain. Tout être conçu par des humains est-il humain ? Les clones, probables, sont-ils humains ? L’hypothèse de la fabrication d’êtres à mi-chemin entre l’humanité et l’animalité pour des taches dangereuses, ou pour des prélèvements d’organes, se fait parfois entendre.
Nos 4 séances dominicales de Lire aux Eclats veulent se faire l’écho de ces interrogations. Déjà les deux premières autour de l’identité et altérité avec Lévinas et Sartre, la prochaine prévue pour le 10 Janvier avec Guillaume Le Blanc, l’auteur de l’invisibilité sociale, et surtout le week-end des 29 et 30 mai 2010 où un parcours d’approfondissement nous sera proposé à partir des critères pour opérer un choix éthique avec le père de Dinechin, sj.

La question des critères : l’enjeu théorique
Sans être moralement aussi présente, la question se pose aux paléontologues. Il s’agit devant des restes, et leurs traces, de se demander s’ils sont en présence de groupes humains, ou de groupes intermédiaires.
La conférence de Valladolid se posait la question de l’âme, les grecs appelaient barbares ceux dont ils ne comprenaient pas le langage.
Comment alors spécifier le genre humain ? Il s’agit de voir ce qui dans l’homme lui appartient en propre. En conséquence ce qui nous distingue des animaux.
Le question est donc complexe et se trouve à la croisée du philosophique et du théologique, les deux modalité d’interrogation qui font l’identité de Lire aux Eclats.
On pourrait remarquer, sans entrer dans une explication purement biologique, que l’être humain est peut-être le seul à se poser ce genre de questions : "qu’est-ce que… ?".
Dès lors que nous nous interrogeons sur quelque chose, nous sommes dans l’inquiétude philosophique. L’espèce humaine possède le trait particulier d’être ce que Schopenhauer (1788-1860) appelle un "animal métaphysique." Ne ratons donc pas cette occasion que donne Réseau Picpus à travers Lire aux Eclats de nous interroger sur ce que sous sommes : c’est le début de la sagesse nous disent le grecs (connais toi toi-même) mais aussi l’amorce de la découverte du projet de Dieu pour l’homme. « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » Ps 8, 4.


Serge Gougbèmon, sscc

 

Prochainement

Prochainement

Prochainement

Prochainement

  • 17/10/2010 Lire aux Eclats : première rencontre 2010-2011

Prochainement

Prochainement

Identification (adhérents)

Lettre d'information

Abonnez-vous à notre lettre d'information :
Lettre d'information Réseau Picpus