23 janvier 2005 - Ethique et infini


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Ethique et infini

dialogue entre P. Nemo et E. Levinas



Emmanuel Levinas, témoin du désastre de la Shoah et, depuis la fin de la guerre, des innombrables violences, destructions et douleurs à jamais inconsolées, dont le poids insupportable semble conseiller la distraction comme condition de survie, ne cède pourtant ni au nihilisme ni à l’anti-humanisme, encore moins à la distraction.

Il persévère dans la certitude que, dans un siècle en pleine déroute, la tâche de penser demeure essentielle.

Or, il a voulu conduire cette tache en philosophe, en empruntant donc le chemin d’une réflexion raisonnée, fidèle au langage conceptuel et théorique hérité des Grecs.

Cependant, et là se situe sa singularité, son œuvre très tôt attentive à la tradition hébraïque, n’hésite pas à subvertir la rationalité philosophique en l’ouvrant sur une source de pensée longtemps ignorée. Refusant d’avoir à choisir entre le positivisme et le règne des opinions ou de la foi, entre la pure spéculation et la soumission aux élans de la sensibilité, il soutient en effet que la raison peut se laisser inspirer par les prophètes et les rabbins sans humiliation.

Il montre au contraire que, si cette double fidélité - aux Grecs et aux Hébreux - bouleverse la conceptualité classique, elle appelle aussi une inquiétude qui maintient l’esprit en éveil. L’œuvre de Levinas transmet cette inquiétude et cet éveil. Dédiée à l’infini et à l’altérité irréductible de l’autre homme, cette œuvre montre que la pensée humaine ne détient pas la connaissance de leur énigme et s’en offusque au point de succomber souvent à l’idéologie qui fait taire tout questionnement.

Ethique et infini, d'Emmanuel Levinas, Livre de Poche, 1984.

 

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