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9 mars 2008 - Le souci contemporain


arton165-22c71 Rencontre avec Chantal Delsol

Quel souci pour l’homme contemporain ?

Le souci contemporain, de Chantal Delsol, éditions de la Table ronde, 2004.

 

Chantal Delsol est enseignante à l’université Paris Est et à la Sorbonne, et elle dirige conjointement le Centre d’études européennes qui s’intéresse aux relations avec les pays d’Europe centrale. Cette philosophe se situe dans le courant de la phénoménologie chrétienne. Elle était à Picpus dimanche 9 mars pour parler de son ouvrage, Le souci contemporain. Nous revenons avec elle sur quelques éléments clés de sa pensée.

Vous comparez l’homme contemporain à celui qui revient d’exil, pourquoi ?

C’est le mythe d’Icare qui s’est brûlé les ailes pour avoir voulu toucher le soleil. Pendant un siècle et demi, les hommes sont sortis de notre monde pour chercher, vainement, la perfection. Aujourd’hui le retour est brutal, c’est une déception et ils ne sont pas heureux.

Un souci que vous imputez notamment à la sacralisation des droits ?


La perte de sacré s’est traduite par une sacralisation de choses plus concrètes, fragilisant les démocraties qui avaient banni la religion. Ainsi la dignité n’est plus liée à la transcendance mais aux droits. Prenez le droit au logement par exemple : une personne qui n’a pas de maison considère aujourd’hui qu’elle n’a plus de dignité. C’est une équation fâcheuse.

Il y a une tendance à légitimer ce qui doit seulement être toléré, c’est ce que vous nommez la théorie de la complaisance…

L’homme sait que le bien existe mais il ne sait plus sur quoi le fonder. Depuis Nietzsche, l’existence d’un Bien qui attirait naturellement tout le monde, a éclaté en une multitude de valeurs plus petites. D’autant que l’homme contemporain se veut un homme d’ouverture.

Ce qui revient à tout relativiser, penser que tout se vaut…

La recherche de la vérité est actuellement moins oubliée que niée. Car après les expériences totalitaires du XXe siècle, les certitudes font peur. L’homme se méfie de la vérité, et lui préfère le confort. Or l’homme doit retrouver le chemin de la réalité, en admettant tout d’abord ses propres paradoxes. Il doit aussi décoller son nez de la vitre et sortir de ce monde plein d’émotions. Si l’indignation reste utile à la vie morale, l’homme doit cependant reprendre une distance réflexive. Il semble que nous en prenons le chemin, tout doucement.

Propos recueillis par Audrey Steeves


Extrait du journal Au Coeur de Picpus n° 6

 

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