En musique
Interview du P. Hervé Gougbèmon
Notre visite, par Antoine Rochette
Accueil par la communauté (danse), vidéo
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EN MUSIQUE
- Cris des enfants à notre arrivée
- Cris des enfants
A notre arrivée, les enfants courent sur la berge en criant : « Henri, Henri »… Interrogations ! Nous avions l’habitude de nous faire appeler "Yovo, Yovo" (terme qui désigne le blanc en langue fon). Mais pourquoi nous appellent-ils « Henri » ?
La réponse est venue au cours de la matinée : un blanc, prénommé donc Henri, est resté un an dans le village pour construire une école. Du coup, le nom de "Henri" a été associé au blanc ! De même, dans les villages du nord du Bénin, il arrive qu’un enfant, en voyant un blanc crie pour saluer : « Mon Père, mon Père »…. Parce que le blanc est en général celui que l’on appelle « Mon père » !


- Chants d’accueil
A notre arrivée en barque, nous sommes accueillis par des chants et danses.

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INTERVIEW du P. Hervé Gougbèmon

Lokpo, village lacustre, fait partie du diocèse de Cotonou. Nous y avons rencontré le P. Hervé Gougbèmon, curé de la paroisse de Lokpo depuis un an. A travers son témoignage, nous découvrons qu’être missionnaire ne relève pas seulement des « blancs » venus d’ailleurs. En nous faisant part de son cheminement intérieur, le P. Hervé nous interpelle sur notre capacité à nous ouvrir à la Mission et à l’autre.
P. Hervé, cela fait un an que vous êtes curé de la paroisse de Lokpo. Comment s’est passée cette première année de mission de sacerdoce ?
J’avoue que les débuts ont été difficiles. Ma première mission était en terre ferme. J’étais donc plus habitué à me déplacer en moto et surtout à me déplacer quand je le souhaitais. Mais ici, je ne peux pas me décider et partir. Je ne sais pas nager, je ne sais pas aller en barque. Il me faut donc nécessairement le secours d’autrui. Il m’a fallu apprendre à être dépendant, à me déplacer quand les autres sont prêts, mais cela n’a pas été facile pour moi. C’est difficile d’être tout le temps dépendant
La deuxième difficulté que j’ai rencontrée, c’est la crue. L’eau qui vient et qui vous submerge. Pour vous déplacer c’est difficile. Vous n’avez plus de fidèles, puisqu’eux-mêmes des difficultés à se déplacer et aller à la messe.
Mais aujourd’hui, après un an de présence, je peux dire que ça va. J’ai commencé par m’habituer.

Comment s’est passée votre intégration au sein de cette communauté lacustre qui est aussi d’une culture différente ?
Nous sommes ici en peuple aizo. Ma chance est qu’au cours de ma première mission, j’étais déjà resté en milieu aizo. La langue et la mentalité sont donc pratiquement les mêmes. Connaissant un peu la mentalité, j’ai pu m’adapter à eux.
Nous avons eu l’impression que vous avez un rôle très social au sein de la communauté, pas seulement au niveau du culte…
La foi ne peut pas être vécue en dehors du quotidien. Quand les gens ont des difficultés, cela s’en ressent dans la communauté. C’est une communauté où nous vivons vraiment en proximité avec les gens. Ce qui fait que je m’intéresse un peu à leurs activités, et quand ils ont des difficultés, je réfléchis avec eux. Notre peuple ici est principalement un peuple qui vit de l’agriculture et de la pêche. Ainsi, quand par exemple au niveau de la pêche, il y a la crue, comment surmonter cela ? Actuellement, les gens ont des récoltes sur les champs. D’ici deux semaines, la crue peut nous surprendre et tout détruire. Lorsqu’elle arrive, ils n’ont plus d’autres recours, ils n’ont plus rien. Ils sont vraiment malheureux. De même, quand les gens rencontrent des difficultés pour l’agriculture, comment faire ? Nous réfléchissons ensemble. Nous faisons parfois venir des ressortissants qui sont à Cotonou, et ensemble, dans le village, nous essayons de voir comment faire. Nous n’avons pas suffisamment de moyens, c’est vrai. Mais cela n’empêche pas de réfléchir, de chercher des issues. C’est très dur pour les gens.
Vous comprenez donc que, moi, le prêtre, au milieu de ce peuple, je ne peux pas célébrer et être content de célébrer. Quand le peuple est vraiment à l’aise, quand le peuple est content, on peut célébrer Dieu. Mais quand le peuple est pauvre, quand les gens éprouvent des difficultés, des souffrances, il est difficile de dire : « Réjouissez-vous et jouez pour le Seigneur ». En réalité, on ne vit pas une vie extérieure, on vit vraiment en communion.

Quand nous avons rencontré Mgr Agboton, archevêque du diocèse de Cotonou, il a insisté sur toute cette communauté lacustre. Il y a une volonté de la part du diocèse d’intégrer votre communauté.
Ma vision est que le développement réel de ces milieux ne relèvera que de l’Eglise. Vous avez visité l’école par exemple, le centre de santé aussi. Vous comprenez qu’il faut avoir une passion, une vision, un amour de l’homme pour rester au milieu d’eux. Ici, il n’y a pas distractions, il n’y a pas d’électricité. Or aujourd’hui, tout le monde veut avoir un peu d’aisance. Quand tu vas à Cotonou, tu trouves le plaisir et le loisir qu’il faut. Comment donc quitter ce monde là où tu peux vivre paisiblement pour vivre dans un milieu où ce n’est pas facile ? C’est ce qui explique que les enseignants désertent le milieu. Ils viennent juste donner quelques cours et s’en vont. En particulier en temps de crue. Comment éduquer les enfants dans ces conditions ? Ce sont les enfants qui sont perdants. Vous avez constaté qu’il y a des lacunes. Or cela ne dépend pas d’eux. Quand la base est ratée, il est difficile d’évoluer ensuite.
Pourquoi je dis que l’avenir de ces milieux appartient à l’Eglise ? Parce que nous nous avons une vocation. C’est par vocation que moi je suis ici. Si c’était de ma volonté, je ne resterais pas. Quand on m’a envoyé, je vous avoue que j’avais les larmes aux yeux. Je me suis demandé comment j’allais pouvoir vivre dedans. Quand j’ai pris cette nomination comme une mission du Christ, je suis parti, et cela fonctionne. Mais il faut vraiment avoir une vocation pour rester et réellement travailler, accepter les difficultés et faire avec.
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Lokpo, village du bout du monde, situé sur le lac aux confins septentrionaux du diocèse de Cotonou, est notre destination de la journée. Après les incontournables embouteillages de Cotonou et un trajet cahin-caha en bus sur une piste à trous (bravo aux chauffeurs pour leur sang-froid), nous arrivons au bout d’une piste qui parait sans issue. En réalité, à notre plus grande surprise, une délégation de femmes, menée par le curé du village, le Père Hervé Gougbèmon, frère de Serge, vient nous accueillir en dansant et chantant au rythme du jembe. C’est avec cette escorte musicale que nous embarquons à bord d’une grande barque à moteur.
Après quelques minutes de navigation sur le lac, nous débarquons à Lokpo. Un accueil incroyablement chaleureux nous attend. Une nuée d’enfants accourent à notre rencontre, criant à notre grande surprise « Henri, Henri ! » (du prénom d’un coopérant français en mission au village l’an passé) et non pas « yovo, yovo », comme nous y étions habitués, suivis des autorités du village et de la paroisse. Toujours sous le signe de la musique et de la danse, un groupe de jeunes filles exécutent le rite de l’eau, symbolisant la bienvenue dans le village. Dans une ambiance festive et chaleureuse, un temps d’accueil et de présentation est prévu à l’église.
Après les personnalités de la paroisse, c’est au tour des jeunes de se présenter et de nous faire visiter leur village. Une grande attente se fait ressentir dans leurs propos, concernant la modernisation de Lokpo. En effet, la localité est confrontée à de nombreuses difficultés qui empêchent son développement. Les crues fréquentes et non maîtrisées freinent les habitants dans leurs activités (essentiellement agricoles) et privent les enfants d’une scolarité continue. De plus, l’isolement géographique et les conditions de vie précaires découragent la venue et l’installation durable des acteurs indispensables (instituteurs, médecins) au bon développement du village.
Le traitement de l’eau constitue également un enjeu majeur. Un puits à pompe avait été financé par une association caritative. Malheureusement, celui-ci ne fonctionne pas car, comble de malchance, il a été creusé sur une roche imperméable. Néanmoins, un dispensaire et une école ont été édifiées mais ne résolvent pas tous les problèmes. Implicitement, à travers cette présentation, un message nous est adressé ; ces jeunes expriment le désir que nous soyons des acteurs et des partenaires du développement du village. Espérons que la déception ne gagne pas les cœurs après cette visite qui se voulait amicale, tout simplement.
Après ces moments riches en rencontres et en découvertes et sous les regards intenses des enfants, regards pleins d’espoirs et d’attente qui nous ont tous marqués, le moment des adieux arrive… Un cadeau de taille nous attend : un gros poisson pêché dans le lac et un énorme sac de patates douces. En nous offrant ces cadeaux, alors qu’ils n’ont rien, les habitants de Lokpo, nous ont donné une belle leçon de vie et de simplicité.
Merci à vous, habitants de Lokpo. Merci pour votre accueil, pour votre joie de vivre communicative. Nous ne vous oublierons pas !
Antoine Rochette
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Accueil par la communauté de Lokpo
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